n°878 Avril 2026 - l’activité immobilière - 15 même avec un peu plus d’assurance encore. Un métier bouleversé : la course aux normes, la fatigue des bailleurs et l’impatience sociale En quelques années, la gestion locative s’est transformée en champ réglementaire complexe. Permis de louer, diagnostics renforcés, nouvelles obligations, formulaires, contrôles, suivi administratif… la discipline est devenue un véritable sudoku législatif. Pour les propriétaires, surtout les petits bailleurs et les retraités, la charge est parfois insupportable. « Je vois des gens honnêtes, des retraités qui ont travaillé toute leur vie, et qui n’ont plus les moyens de rénover. Ils ne peuvent pas suivre. Alors ils vendent. Et je ne peux pas leur en vouloir. » Elle évoque ce client qui possédait plusieurs lots, convaincu qu’il pourrait vivre sereinement de ses loyers pour se mettre à l’abri. « Aujourd’hui, il se demande s’il ne doit pas tout revendre. C’est révélateur de l’époque : les gens veulent rester bailleurs, mais ils ne peuvent plus. » Et pourtant, les contraintes ne semblent pas atteindre ceux qu’elles devraient cibler en priorité. « Ce qui me révolte parfois, c’est que les bailleurs malhonnêtes, ceux du marché noir, ceux qui louent des logements indignes, échappent aux contrôles. Les règles les plus strictes tombent sur les gens honnêtes. C’est injuste. » Le rapport humain a lui aussi changé. Le public est plus pressé, plus tendu, parfois moins respectueux. « Les gens veulent tout, tout de suite. Sans bonjour, sans patience. On sent l’impatience de la société jusque dans nos bureaux. » Pourtant, malgré ce climat plus rude, elle ne cesse jamais de défendre une ligne : traiter chacun avec respect, même lorsque ce n’est pas réciproque. Vingt-cinq ans avec SAA : la preuve par l’humain Ce qui permet à Djarida de continuer, jour après jour, c’est qu’elle n’a jamais dévié de ses valeurs fondamentales. Elle se voit d’abord comme gestionnaire, pas comme négociatrice. Elle accompagne, elle protège, elle s’implique. « Je gère les biens comme si c’était les miens. J’ai du mal à dire non à mes clients. Je me sens responsable de leurs biens, de leurs soucis, parfois même de leurs inquiétudes. » Elle considère que l’immobilier manque aujourd’hui d’une dimension essentielle : l’éducation au savoir-vivre, à l’écoute, à l’empathie. « Je rêverais qu’on enseigne la bienveillance et la déontologie relationnelle. On a trop idéalisé notre métier à travers la télé-réalité immobilière. Il faut revenir au réel. » Selon elle, un bon gestionnaire doit réunir quatre qualités : fiabilité, clarté, réactivité et attention sincère. C’est un métier où l’on ne peut pas mentir sur sa nature : les gens ressentent immédiatement si l’on est sincère ou non. La relation avec SAA est l’un des piliers du parcours de Djarida. Une fidélité exceptionnelle, née d’une suite de moments marquants et d’un professionnalisme constant. « HYPER humain. HYPER réactif. Je n’ai jamais vu ça ailleurs. » Elle se souvient d’épisodes sensibles, parfois dramatiques, où SAA a fait preuve d’une disponibilité rare. Une locataire en détresse psychologique, une famille en crise, une procédure complexe : à chaque fois, SAA répond présent, sans détourner le regard. « Ils ont une empathie que je n’ai jamais retrouvée ailleurs. Avec eux, on se sent accompagnés. » Elle ajoute que même lorsque d’autres assureurs, parfois moins chers, sont venus frapper à la porte, elle n’a jamais envisagé de changer. « Quand des gens vous répondent, vous respectent, vous comprennent depuis vingt-cinq ans, on ne bouge pas. » La technologie, souvent présentée comme une alternative au service, n’a jamais été un critère pour elle. « Les outils, c’est bien. Mais si personne ne décroche au téléphone, à quoi ça sert ? Je choisis l’humain. » Ce qui l’a le plus marquée chez SAA ? « Leur constance, le même sourire, la même réactivité, la même fiabilité depuis vingt-cinq ans. » Son parcours est rempli de scènes insolites, parfois comiques, parfois touchantes. Elle raconte cette visite où un propriétaire vivait au milieu d’oiseaux et de lapins en liberté. « On a passé dix minutes à chercher un lapin sous un meuble. On en rit encore. » Elle mentionne aussi des biens qui l’ont bouleversée, non par leur prix, mais par l’atmosphère. « Un dernier étage avec une piscine sur le toit… j’ai été tellement émue. Il y avait quelque chose dans l’air, une émotion particulière. » Selon elle, ce qui touche vraiment les clients reste immuable : la lumière, la vue, l’atmosphère d’un lieu. Et elle, contrairement à l’époque, prend le temps. Même pour une visite simple, elle discute, elle écoute, elle cherche à comprendre les gens. « C’est dans ces échanges que tout se joue. On découvre des vies, des histoires, des joies, des peurs. C’est un métier profondément humain. » Si elle devait résumer son parcours en une phrase, elle choisirait : « J’ai beaucoup appris. J’ai rencontré énormément de monde. C’est un parcours enrichissant. » Elle donnerait à la nouvelle génération un conseil simple mais essentiel : ne jamais regretter ce métier. « On rencontre tellement de personnes différentes. On grandit beaucoup grâce à elles. » Pour elle, “Génération SAA” incarne l’idée que l’on peut traverser les décennies sans perdre ce qui compte : la gentillesse, la loyauté, le sens du service. À 68 ans, avec deux enfants — une fille prof de droit public, un fils artiste et vitrailliste — elle garde en elle un désir profond de découverte, peut-être un voyage en Asie, et cultive chaque jour la méditation pour rester alignée. Dans un monde où l’immobilier devient souvent un champ de normes, de tensions et de performances, Djarida Ferrero incarne une autre voie : celle d’un métier où l’on avance avec sincérité, où l’on écoute vraiment, où l’on s’attache, où l’on grandit avec les autres. Une professionnelle qui rappelle qu’en gestion comme dans la vie, l’essentiel ne change jamais : l’humain. Propos recueillis par Marc EZRATI
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