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Travaux en copropriété

05/05/2026 00:00


 

L'entretien et l'amélioration du parc immobilier en copropriété reposent sur un cadre juridique complexe, principalement régi par la loi du 10 juillet 1965 et le décret du 17 mars 1967, tous deux régulièrement mis à jour par des textes majeurs tels que les lois ALUR, ELAN, Climat et Résilience, et plus récemment la loi « Habitat dégradé » d'avril 2024. La copropriété est souvent décrite comme une « jungle » où les intérêts individuels des copropriétaires doivent s'effacer devant l'intérêt collectif de la sauvegarde de l'immeuble, une mission dont le syndic est le garant légal.

Partie I

Le vote des travaux : un régime de majorités graduées

La prise de décision en assemblée générale (AG) est structurée par différents niveaux de majorités, calculés en fonction des tantièmes (millièmes) de copropriété, afin d'équilibrer la protection des droits individuels et la nécessité d'agir pour la collectivité.

1. Les différentes majorités légales

Les décisions de l'assemblée générale se répartissent en trois catégories principales :

  • La majorité simple (Article 24) : Elle concerne les travaux d'entretien courant et de maintenance destinés à la conservation de l'immeuble. Sont également votés à cette majorité les travaux rendus obligatoires par des dispositions législatives ou un arrêté de police administrative relatif à la sécurité ou à la salubrité publique.
  • La majorité absolue (Article 25) : Elle s'applique aux travaux d'amélioration, de transformation ou d'addition. C'est également la majorité requise pour les travaux d'économies d'énergie ou de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
  • La double majorité (Article 26) : Elle est réservée aux actes les plus graves, comme la vente d'une partie commune dont la conservation n'est pas nécessaire au respect de la destination de l'immeuble, ou la modification du règlement de copropriété concernant la jouissance ou l'administration des parties communes.

2. Les passerelles de vote (Articles 25-1 et 26-1)

Pour éviter la paralysie des copropriétés due à l'absentéisme, le législateur a instauré des dispositifs de « rattrapage » :

  • L'article 25-1 : Si un projet relevant de la majorité de l'article 25 n'est pas adopté mais recueille au moins le tiers des voix de tous les copropriétaires, l'assemblée peut procéder immédiatement à un second vote à la majorité simple de l'article 24. Si le projet a recueilli moins d'un tiers des voix, une nouvelle AG peut être convoquée dans les trois mois pour voter à la majorité de l'article 24.
  • L'article 26-1 : Ce mécanisme similaire existe pour les décisions relevant de l'article 26, permettant, sous certaines conditions de quorum (moitié des membres présents représentant au moins le tiers des voix), de revoter à la majorité absolue de l'article 25.

3. Le cas particulier des travaux urgents

L'article 18 de la loi de 1965 et l'article 37 du décret de 1967 confèrent au syndic dans certaines conditions spécifiques le pouvoir d'agir de sa propre initiative en cas d'urgence pour faire exécuter les travaux nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble. Le syndic doit alors en informer les copropriétaires et convoquer « immédiatement » une AG pour faire ratifier ces travaux.

La jurisprudence précise que cette ratification ne peut être implicite (par l'approbation des comptes) mais doit faire l'objet d'un vote formel. En cas d'urgence, le syndic peut appeler une provision ne dépassant pas le tiers du montant du devis après avis du conseil syndical.

4. Les travaux sur parties communes à l'initiative d'un copropriétaire

Un copropriétaire peut être autorisé à effectuer à ses frais des travaux affectant les parties communes ou l'aspect extérieur de l'immeuble (ex : pose d'un climatiseur, création d'une ouverture). Ces travaux exigent un vote à la majorité de l'article 25. La loi « Habitat dégradé » de 2024 facilite désormais les travaux d'isolation thermique de la toiture ou du plancher réalisés par un copropriétaire à ses frais, sous réserve d'un descriptif détaillé et d'un vote en AG.

Partie II

Le financement des travaux : outils et dispositifs

Le financement des travaux est souvent le point de blocage majeur. Plusieurs outils de prévoyance et de crédit ont été renforcés pour répondre aux impératifs de rénovation.

1. Le fonds de travaux

Depuis la loi ALUR, la constitution d'un fonds de travaux est obligatoire pour les immeubles comprenant au moins un lot d'habitation. Ce fonds est alimenté par une cotisation annuelle qui ne peut être inférieure à 5 % du budget prévisionnel. Si un Plan Pluriannuel de Travaux (PPT) est adopté, la cotisation annuelle doit être d'au moins 2,5 % du montant des travaux prévus dans le plan et 5 % du budget prévisionnel. Ces fonds sont attachés aux lots et ne sont pas remboursables lors de la vente d'un bien. Ils sont destinés à financer le PPT, les diagnostics techniques ou des travaux urgents.

2. L'emprunt collectif : une révolution avec la loi de 2024

La loi du 9 avril 2024 a profondément modifié le régime de l'emprunt collectif pour faciliter le financement des travaux de rénovation énergétique et de mise aux normes.

  • Présomption d'adhésion : Désormais, lorsqu'un emprunt collectif est voté à la même majorité que les travaux concernés, tous les copropriétaires sont réputés y adhérer.
  • Droit d'opposition : Un copropriétaire peut refuser de participer à l'emprunt s'il notifie son refus au syndic dans un délai de deux mois suivant la notification du procès-verbal de l'AG. Il doit alors verser sa quote-part du prix des travaux en fonds propres dans un délai de six mois.
  • Sécurisation bancaire : Les banques peuvent désormais consulter le fichier national des incidents de remboursement (FICP) et demander au syndic des informations détaillées sur la solvabilité du syndicat (taux d'impayés, fonds disponibles) pour accorder le prêt. La durée maximale du prêt est fixée à 25 ans.
  • Transfert de la dette : En cas de vente du lot, la charge du remboursement du prêt est transférée à l'acquéreur, sauf si le vendeur a initialement refusé l'emprunt et payé sa part.

3. Les aides publiques et la performance énergétique

Le financement peut être complété par des subventions publiques. Le syndic a une mission d'information cruciale sur les dispositifs comme MaPrimeRénov' Copropriété, les Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) et les aides de l'Anah. La loi impose désormais un DPE collectif pour tous les immeubles d'habitation dont le permis de construire est antérieur à 2013, afin de planifier les travaux nécessaires. Le calendrier de décence énergétique (interdiction progressive de louer les classes G, F puis E) impose une accélération de ces chantiers.

Partie III

La contestation des travaux et de leur répartition

Le droit de la copropriété offre des garanties aux copropriétaires pour s'opposer à des décisions irrégulières ou obtenir des autorisations refusées par l'assemblée.

1. La contestation du procès-verbal d'AG

Tout copropriétaire opposant (ayant voté contre) ou défaillant (absent et non représenté) peut contester une résolution en justice.

  • Délai de forclusion : L'action doit être intentée devant le Tribunal Judiciaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal par le syndic.
  • Motifs fréquents : Les contestations portent souvent sur des vices de forme (délai de convocation d'au moins 21 jours non respecté, absence de documents obligatoires joints comme les devis) ou sur un abus de majorité.
  • L'abus de majorité : Il est caractérisé lorsque la décision est contraire aux intérêts collectifs de la copropriété ou vise uniquement à favoriser les intérêts de la majorité au détriment de la minorité. Un refus de travaux nécessaires à la conservation de l'immeuble peut ainsi être jugé abusif.

2. La demande d'autorisation judiciaire (Article 30)

Si l'assemblée générale refuse des travaux d'amélioration relevant de la majorité de l'article 25b, le copropriétaire peut demander au juge l'autorisation de les réaliser. Le tribunal vérifie que les travaux sont conformes à la destination de l'immeuble, ne portent pas atteinte aux droits des autres copropriétaires et présentent un caractère d'amélioration réelle.

3. La contestation de la répartition des charges

La répartition des charges doit respecter les critères légaux : l'utilité objective pour les services collectifs (ex : ascenseur) et la valeur relative des lots pour l'entretien du gros œuvre.

  • Clauses non écrites : Toute clause du règlement de copropriété contraire à l'article 10 de la loi de 1965 peut être déclarée non écrite par le juge. Une telle action est imprescriptible. Le juge procède alors à une nouvelle répartition qui ne vaut que pour l'avenir.
  • Erreur de tantièmes : Un copropriétaire peut intenter une action en révision de la répartition des charges dans les cinq ans suivant la publication du règlement ou dans les deux ans suivant la première mutation du lot.

4. Les délais de prescription

  • Actions personnelles : Les litiges entre copropriétaires ou entre le syndicat et un copropriétaire (ex : recouvrement de charges, dommages et intérêts) se prescrivent par 5 ans depuis la loi ELAN (contre 10 ans auparavant).
  • Actions réelles : Les litiges portant sur le droit de propriété ou l'emprise sur une partie commune se prescrivent par 30 ans.

Partie IV

Responsabilités et mise en œuvre du chantier

Le syndic joue un rôle central dans la conduite des travaux, et sa responsabilité peut être lourdement engagée en cas de défaillance.

1. La responsabilité du syndic dans le suivi

En matière de construction, le syndic est considéré comme un professionnel devant faire preuve de diligence. S'il ne recourt pas à un maître d'œuvre (architecte ou bureau d'étude) pour des travaux importants, il doit lui-même assurer le suivi du chantier et des paiements. La Cour de cassation a récemment sanctionné un syndic pour ne pas avoir accompli toutes les diligences nécessaires dans la gestion de travaux ayant abouti à un abandon de chantier. Le syndic doit également signaler l'obligation de souscrire une assurance Dommage-Ouvrage pour les travaux lourds.

2. La responsabilité du syndicat des copropriétaires

Le syndicat est responsable de plein droit (sans faute à prouver) des dommages causés aux copropriétaires ou aux tiers par le défaut d'entretien des parties communes ou un vice de construction. Depuis l'ordonnance de 2019, la victime doit simplement démontrer que le dommage a son « origine dans les parties communes ». Le syndicat peut ensuite se retourner contre le syndic s'il démontre une faute de gestion ou une inertie fautive de sa part.

3. Qualifications délicates : parties communes ou privatives ?

La nature des travaux dépend souvent de la qualification juridique de l'élément concerné.

  • Les balcons : Dans le silence du règlement, le gros œuvre du balcon (ossature, étanchéité) est réputé être une partie commune, tandis que les revêtements de sol et parfois les garde-corps peuvent être privatifs. Des travaux d'étanchéité de balcon sont donc généralement des charges communes.
  • Les canalisations : Les colonnes montantes et canalisations traversant les lots sont présumées communes dans le silence des titres si elles desservent plusieurs lots.
  • Les murs porteurs : Ils constituent des parties communes dont le percement nécessite impérativement l'autorisation de l'AG.

Partie V

Évolutions récentes et outils de prévention

Face à la dégradation de certains immeubles, le législateur a introduit de nouveaux outils de contrôle.

 

1. Le diagnostic structurel obligatoire

La loi de 2024 et son décret d'août 2025 imposent un diagnostic structurel tous les dix ans pour les bâtiments d'habitation collectifs situés dans des périmètres définis par les municipalités (zones d'habitat ancien ou dégradé). Ce diagnostic, réalisé aux frais de la copropriété, évalue la solidité du bâti et prévient les risques d'effondrement. Il peut être remplacé par le PPT s'il a été réalisé récemment par un professionnel qualifié.

2. Le Plan Pluriannuel de Travaux (PPT)

Le PPT devient l'outil de pilotage incontournable. Il établit une programmation des travaux sur dix ans. L'absence de PPT peut être sanctionnée par le maire, qui a le pouvoir de faire réaliser le diagnostic d'office aux frais de la copropriété en cas de carence.

3. Modes Alternatifs de Règlement des Différends (MARD)

Pour les litiges de voisinage ou de faible montant (moins de 5 000 €), le recours à la conciliation ou médiation est désormais obligatoire avant toute saisine du juge. Ces outils visent à désengorger les tribunaux et à restaurer le dialogue entre voisins, même si leur efficacité pour le recouvrement pur de charges comptables reste discutée.

En conclusion, la réalisation de travaux en copropriété est un processus jalonné d'obligations de forme et de fond de plus en plus strictes, notamment sous la pression de la transition écologique et de la lutte contre l'habitat indigne. La complexification du régime des majorités et du financement par emprunt collectif renforce le rôle de « tiers de confiance » et de conseil du syndic professionnel, tout en exposant davantage sa responsabilité civile en cas d'imprudence ou de défaut de suivi.

Questions fréquentes

Le ravalement de façade est un travail d'entretien courant destiné à la conservation de l'immeuble. Il relève en principe de la majorité simple de l'article 24 (majorité des voix exprimées des copropriétaires présents, représentés ou ayant voté par correspondance). Toutefois, si le ravalement comprend des travaux d'amélioration (isolation par l'extérieur, par exemple), la partie « amélioration » bascule à la majorité absolue de l'article 25. Il convient donc d'examiner précisément la nature et le périmètre des travaux avant l'AG.

Oui. Depuis la loi du 9 avril 2024, l'adhésion à l'emprunt collectif est présumée pour tous les copropriétaires dès lors que le vote est acquis à la majorité requise. Cependant, tout copropriétaire peut exercer son droit d'opposition dans un délai de deux mois suivant la notification du procès-verbal. S'il refuse l'emprunt, il doit alors régler sa quote-part du coût des travaux en fonds propres dans les six mois. En cas de vente ultérieure du lot, la dette d'emprunt reste attachée à l'acquéreur sauf si le vendeur avait exercé ce droit d'opposition et payé sa part.

Le délai est de deux mois à compter de la notification du procès-verbal par le syndic. Passé ce délai, l'action est irrecevable (forclusion). Seuls les copropriétaires opposants (ayant voté contre) ou défaillants (absents, non représentés) peuvent agir. Les copropriétaires ayant voté pour la résolution ne peuvent pas la contester, sauf vice de convocation les ayant empêchés de voter en connaissance de cause.

Oui, mais uniquement en cas d'urgence avérée menaçant la sauvegarde de l'immeuble (fuite de toiture, risque d'effondrement, etc.), sur le fondement de l'article 18 de la loi de 1965. Le syndic doit immédiatement en informer les copropriétaires et convoquer une AG pour faire ratifier ces travaux par un vote formel — la ratification ne peut pas être implicite. Il peut appeler une provision d'urgence ne dépassant pas un tiers du montant du devis, après avis du conseil syndical.

Le PPT est obligatoire pour les copropriétés de plus de 15 ans comprenant au moins un lot d'habitation. Il doit être élaboré, soumis au vote de l'AG et mis à jour tous les dix ans. Il est notamment utile pour programmer la rénovation énergétique et dimensionner le fonds de travaux. L'absence de PPT expose la copropriété à des sanctions communales, dont la réalisation d'office du diagnostic aux frais du syndicat.

Les colonnes montantes desservant plusieurs lots sont présumées parties communes dans le silence du règlement de copropriété. Le syndicat des copropriétaires est responsable de plein droit des dommages causés par le défaut d'entretien de ces canalisations communes, depuis l'ordonnance de 2019. La victime n'a qu'à démontrer que l'origine du dommage se situe dans les parties communes. Le syndicat peut ensuite se retourner contre le syndic s'il prouve une inertie ou une faute de gestion.

 

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